A PROPOS DES BERGERS ALLEMANDS DE TRAVAIL...
Tout d'abord, je tiens à me présenter : je suis éleveur de Bergers Allemands de travail sous l'affixe "du Vierzonnais" depuis 8 ans et membre S.C.B.A depuis cette date.
Abonné à la revue et parcourant le dernier numéro, suite à l'article écrit par M. Henri Bruniaux faisant suite à plusieurs dans le même style, j'ai décidé moi aussi de vous donner mon avis sur la question tant controversée du chien dit "de travail", et ce dans le but non de polémiquer mais de faire avancer le débat.
En premier lieu, je tiens à féliciter l'équipe actuelle de la S.C.B.A qui a fait déjà beaucoup pour améliorer le caractère de nos Bergers Allemands ; je pense notamment à l'instauration des tests de caractère à la Nationale d'élevage, au TAN, à l'assouplissement de la confirmation simple pour les chiens de travail de haut niveau présentant certains défauts morphologiques, également la mise en place des Grands Prix, vitrine de l'utilisation du Berger Allemand.
Je sais que cette orientation est loin d'être partagée par tout le monde et il faut rester vigilant si l'on ne veut pas retomber dans les erreurs du passé.
En effet, certains émettent encore des doutes sur l'orientation "travail" d'un certain nombre d'éleveurs, mettant en cause l'héritabilité du caractère et notamment des aptitudes au ring, discipline de base dans la sélection du chien de travail performant.
Ce débat montre bien à quel point nous sommes en retard car au-delà, il y a les faits et ceux-ci sont têtus et ne peuvent être remis en cause : le malinois issu de la sélection travail sur les programmes ring français et belge domine les différentes disciplines de travail, en France comme à l'étranger.
Il est loin le temps où l'on disait que le malinois était fabriqué pour le ring, que le règlement était pensé pour lui ou qu'il n'avait pas de nez et était incapable de pister correctement... Aujourd'hui, Huby en campagne, pistage et mondioring, Gurt en RCI (pourtant ancien fief du BA), ont montré que la race pouvait s'imposer partout.
Ce résultat n'a pas été obtenu par hasard, mais est le fruit d'une longue sélection orientée uniquement sur le travail.
Il est intéressant d'ailleurs de noter qu'il existe bel et bien pour les trois variétés du Berger Belge un type "travail" et un type"beauté" et que le mélange des deux est très mal vu...
Je vois venir déjà la réflexion du lecteur qui serait : mais si vous admirez tant le malinois de travail, vous n'avez qu'à changer de race et en prendre un !
Et là je dis non ! Je suis un passionné de l'utilisation mais je ne conçois celle-ci qu'avec un Berger Allemand. Je reste convaincu qu'un Berger Allemand de haut niveau peut s'imposer, quelle que soit la discipline. Voilà pour les sceptiques !
Mais là, force est de constater que la situation actuelle est alarmante. Il suffit de consulter les pages de résultats de concours dans "Sans-Laissse" pour s'apercevoir que de moins en moins de Bergers Allemands sont présents aux premières places. Les faits ne datent pas d'hier, mais ils semblent s'accentuer inexorablement...
Alors la véritable question devrait être, non pas le beau et bon, mais comment amener au plus haut niveau de l'utilisation des Bergers Allemands, produire ces locomotives qui vont attirer les grands conducteurs et remettre la race dans une spirale de succès et non de doutes comme actuellement.
L'affaire est colossale car la pression du malinois et en particulier de ses éleveurs est très forte. Convaincre un utilisateur de reprendre un Berger Allemand relève du parcours du combattant. Pourtant, des mesures intéressantes ont été prises comme l'invitation à la coupe de France Ring du meilleur représentant de la race aux sélectifs, Lasko et Stéphane Bottaro ont prouvé qu'ils avaient bien leur place le jour où le travail est vraiment sélectif.
Tout d'abord, il faut orienter l'utilisateur potentiel vers un chiot ayant des origines travail. Et oui Monsieur Bruniaux, il y a bien dans les faits deux Bergers Allemands, un type travail et un type beauté. Il faudrait avoir des œillères pour ne pas le reconnaître. Cette sélection existe depuis toujours, en France comme dans le pays d'origine l'Allemagne.
Il y a une grande différence entre un Uran 
et un Fero Himmelreich...
Secundo, il faut que l'utilisateur prenne conscience que son chiot BA ne se travaille pas comme un malinois. Il faut qu'il soit plus patient, qu'il abandonne cette image idiote d'un chiot qui n'est pas pendu au chiffon à peine sorti de chez l'éleveur, ne vaut rien et ne changera jamais. Nous connaissons tous ces histoires de chiots choisis en dernier car présentant peu de qualités et qui 6 mois plus tard ou bien
après présentent un très fort caractère. Il me semble que donner sa chance au chiot jusqu'à 8 mois me parait raisonnable, l'utilisateur actuel habitué au malinois ne sachant pas attendre plus longtemps...
Enfin, si nous voulons être concurrentiels, il faut encore améliorer les qualités de nos chiens de travail. Il nous faut sélectionner des chiens plus précoces, plus vifs, plus rustiques, vieillissant mieux. Au niveau morphologie, il nous faut des chiens de taille moyenne, plus légers et plus musculeux, avec une angulation arrière peu marquée.
Cette dernière donnée conditionne une qualité qui fait le plus défaut actuellement : l'aptitude à des sauts performants. Alors là, on va me dire : mais vous vous éloignez du standard !
Désolé, mais lisant et relisant celui-ci, je ne vois marqué nulle part que notre chien doit être de grande taille ; je m'étonne alors de lire dans le compte rendu de jugement de nombreux chiens de tête en exposition : " taille au dessus de la taille moyenne".
Où est également dans le standard la justification de ces sur-angulations arrières, à tel point qu'on se demande si le chien est debout ou assis ?
Les amateurs d'exposition vont me trouver bien sévère avec leurs chiens, mais qu'ils se rassurent, je n'ai rien contre eux mais qu'ils n'oublient pas la devise du fondateur de la race : "le chien de Berger Allemand est un chien qui travaille ou ce n'est pas un Berger Allemand".
Cela dit, je crois qu'il y a de la place pour tous au sein de notre club de race, pour le beau, pour le beau et bon, mais de grâce, qu'on nous laisse tenter de produire le très bon !
Concernant l'article de M. Ortéga, je suis d'accord sur le fond même si je trouve qu'il va un peu loin dans l'immédiat ; je pense que dans un premier temps, interdire la confirmation d'un chien sans radio ou à partir du stade D serait judicieux.
Il serait souhaitable que les résultats complets des radios des hanches soient publiés y compris les stades D ou E dans cet excellent instrument d'élevage qu'est le bulletin technique.
Un petit commentaire pour finir sur le dernier grand prix ring de la nationale d'élevage.
Mes félicitations au déjà réputé Jersez,
qui s'est distingué sur un travail très sélectif. Il me semble que cette année, nous avons vu des chiens de meilleure qualité. N'étant présent que le dimanche, je retiendrai la prestation des frères Lasko et Lsd de la Vallée de Montvaux, deux gris au top, également Moktar de la Horde du Loup Noir
au caractère bien trempé digne descendant de la lignée Varro Schlackennebrunen, enfin Milk du Sangerhausen, un fils d'Esko Wienerau très vif et rentrant très fort. Un chien qui malgré un papier 100% beauté mérite d'être essayé sur nos lignées travail.
Enfin, je terminerai par LE chien, le Berger Allemand qu'on rêve tous de posséder et de produire : j'ai nommé Larson des Légendaires Vanova
à Jean-marc Teulé : un papier 100% travail, des hanches A/A, un excellent en classe ouverte l'année dernière et le titre d'étalon recommandé qui va avec, une vivacité et un plaisir au travail exemplaires, des entrées d'avion à réaction ; STOP n'en jetez plus, la coupe est pleine.
Alors un souhait : que ce digne descendant lui aussi de Varro nous amène des rejetons du même acabit...